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Business model

Au Guardian, une rédaction intégrée qui défend ses valeurs

Pragmatisme et dialogue. Tels pourraient être les deux mots qualifiant la réorganisation des rédactions du Guardian il y a dix-huit mois. A l’heure de prendre possession de ses nouveaux bureaux, le Guardian Media Group (GMG) a adopté la solution d’une rédaction intégrée, effaçant d’un coup de déménagement les barrières, tant idéologique que géographique, entre le monde du print et celui du 2.0.

(photo: joanamary via Flickr)

Un mastodonte. Voilà l’image que renvoie le Guardian Media Group (GMG), perché dans ses bureaux flambants neufs du nord de Londres. Le groupe a pris possession des lieux au début de l’année 2009, un déménagement qui a coïncidé avec un revirement organisationnel. Le journal a profité du changement de locaux pour fusionner son service web —autrefois exilé à un étage différent—  avec le reste de la rédaction. Le bâtiment flambant neuf a été conçu expressément pour le Guardian. « L’intégration géographique a été un élément clé de l’intégration des rédactions du groupe », m’assure Meg Pickard, la responsable du développement des médias sociaux de GMG.

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ProPublica: de riches mécènes et une charpente déontologique

Paul Steiger, le PDG de ProPublica (Photo: IFJ10 via Flickr)

Le site internet annonce sobrement la couleur: « ProPublica, journalisme d’intérêt public« . Même s’il ne dispose pas encore d’article Wikipédia en français, on ne présente plus ProPublica. Le site d’investigation a été lancé par Paul Steiger , ancien directeur du Wall Street Journal, grâce aux fonds d’un couple de milliardaires de la finance à la retraite, les Sandler. Leur fortune vient de la Golden West Financial, un établissement de crédit considéré comme un plus honnête que la moyenne puisqu’il n’a pas participé directement à la folie des subprimes.

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Nicolas Voisin (PDG de 22mars & directeur de la publication de Owni.fr): journaliste ou entrepreneur ? [vidéo]

« Bienvenue dans la soucoupe ! ». Nicolas Voisin est manifestement heureux d’accueillir les visiteurs dans les locaux de 22mars et d’Owni.fr. 22mars, c’est la maison-mère, une société que son PDG-fondateur définit comme un « éditeur de médias sociaux ». Le site web de l’entreprise précise:

Nous sommes une société de conseil en stratégie éditoriale on-line, de formation et de développement web & multimédia.
Nous concevons, animons et développons des médias et réseaux sociaux, des plateformes de blogs, sites et webTV ainsi que des programmes d’information et des magazines “cross-médias” pour internet, la TV et le mobile.
Nous accompagnons également des médias, des réseaux (grandes écoles, monde du livre et de la culture..), des marques et des institutions dans leurs stratégies éditoriale on-line, sur le long terme.

22mars, c’est la face la moins visible de la « soucoupe », mais c’est celle qui gagne de l’argent et finance Owni.fr (un média « non profit » pour reprendre la formulation de Nicolas Voisin). C’est sur Owni.fr que s’élaborent également les prototypes de data-journalism que 22mars commercialise ensuite.

Ce modèle hybride société commerciale + média sans but lucratif est suffisamment original pour susciter une série de questions que j’ai posées à Nicolas Voisin (voir la vidéo ci-dessous enregistrée le 18 juin 2010).

Nicolas Voisin, PDG de 22mars et directeur de la publication de Owni.fr from Philippe Couve on Vimeo.

Full disclosure / déclaration d’intérêt

Cette interview et l’étude du cas d’Owni.fr constituent l’un des éléments constitutifs du rapport  » Quel est l’impact déontologique des nouveaux modèles économiques des médias ? ” actuellement en préparation. Le co-auteur de ce rapport, Nicolas Kayser-Bril, travaille pour Owni.fr et il est l’un des associés minoritaires de 22mars, la société qui édite Owni.fr.

Des médias sans but lucratif aux Etats-Unis

La Knight Foundation américaine vient de mettre en ligne le compte-rendu écrit et les vidéos d’une table ronde organisée en avril dernier sur la question (et le modèle) des médias à but non lucratif (non profit).

Les médias dont il est question sont:

S’ils sont sans but lucratif, ces médias n’en sont pas moins des entreprises et spécifiquement des start-ups qui doivent affronter les défis de la croissance et de la pérennisation de leur activité.

Au Washington Post, on intègre les rédactions, pas les mentalités

Le groupe Washington Post tire l’essentiel de ses revenus d’activités de formation et d’une entreprise du câble à travers des filiales qui permettent aujourd’hui au média de financer sa transition numérique. Contrairement à l’objectif fixé il y a 4 ou 5 ans, il n’est plus question d’une vaste intégration de toutes les rédactions du groupe. Dans ce contexte, le M. Déontologie du WaPo (le surnom du Washington Post) explique comment sont prévenus et gérés les éventuels conflits d’intérêt. A l’ancienne.

La salle de rédaction du Washington Post (Photo : WaPo)

Le Washington Post a été, avec l’embauche de Rob Curley et de son équipe fin 2006, considéré comme l’un des journaux nationaux les plus innovants aux Etats-Unis. Le groupe, qui finance les activités déficitaires de ses journaux avec Kaplan, leader de l’éducation, et Cable One, une entreprise du câble, avait alors regroupé toutes ses activités web au sein de WashingtonPost.Newsweek Interactive. L’entité gérait les sites de Newsweek, Slate, du Washington Post, ainsi qu’une myriade de sites commerciaux.

Depuis, Rob Curley est parti en admettant à demi-mot son échec, et les rêves de méga-rédaction web du Washington Post se sont évaporés. La stratégie est désormais inversée, puisque chaque marque possède sa propre entité regroupant toutes ses activités. Newsweek.com est à vendre avec son alter ego en papier, Slate.com est géré par The Slate Group et washingtonpost.com a rejoint le quotidien papier, légalement et physiquement puisque les rédactions sont désormais intégrées.

Afin d’étudier comment cette intégration des deux métiers s’est effectuée, j’ai appelé la semaine dernière Milton Coleman, senior editor et responsable des questions d’éthique au WaPo.

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Quel est l’impact déontologique des nouveaux modèles économiques des médias ?

On parle (ici et ailleurs) des nouveaux modèles économiques des médias, de la recherche du business model idéal qui permettra de financer la production et la diffusion d’une information de qualité dans un univers numérique en réseau.

Les expérimentations sont multiples, à travers le monde, de médias gratuits, payants, avec ou sans pub, appuyés sur des microfinancements (crowdfunded), des activités annexes, des subventions, des mécènes, de l’argent public ou privé, etc.

Ces nouveaux modèles économiques doivent-ils nous conduire à réexaminer les questions de déontologie ? Peuvent-ils générer de nouvelles formes de conflits d’intérêt ? Comment garantir le respect d’une déontologie exigeante (en faisant appliquer des codes et des chartes ou en misant sur la transparence) ?

Un rapport en préparation

Ces questions vont être au centre d’un rapport que je vais réaliser avec un jeune journaliste, Nicolas Kayser-Bril, et la collaboration de Marion Senant, autre jeune journaliste installée à Londres.

Ce rapport est initié et financé par l’Alliance internationale de journalistes et l’Initiative pour repenser l’économie, deux organisations issues de la Fondation Charles Leopold Mayer.

  • L’Alliance internationale de journalistes (AIJ) est une organisation à but non lucratif fondée par la Fondation Charles Leopold Mayer qui met en place un espace de débat et d’échange sur les pratiques du journalisme à travers le monde. L’Alliance qui réunit des professionnels de l’information et leur public vise à identifier et promouvoir les bonnes pratiques dans une optique de responsabilité sociale des journalistes et plus largement de responsabilité des médias envers la société.
  • L’Initiative pour repenser l’économie (IRE) a été initiée et soutenue par la Fondation Charles Léopold Mayer. L’IRE a pour mission de favoriser l’émergence de nouvelles propositions dans le domaine économique.

Ces deux organisations entendent aujourd’hui prolonger le travail approfondi sur les questions de l’éthique journalistique et de la formation des journalistes effectué par l’AIJ. Elles constatent que les r/évolutions en cours dans le monde des médias -et notamment la remise en cause brutale des modèles économiques existants- sont en train de créer des conditions nouvelles d’exercice de la profession de journaliste. L’occasion de s’interroger sur l’impact que ces nouvelles conditions économiques auront sur les questions d’éthique et de déontologie.

Modèle économique et déontologie : 30 médias passés au scanner

Dans les semaines qui viennent, nous allons interroger une trentaine de médias (en Europe, en Amérique du Nord et en Afrique) sur la manière dont ils abordent ces questions. Quelques entretiens ont déjà commencé et je tiens à remercier tous ceux qui acceptent de jouer le jeu de la transparence pour ce travail qui n’est ni celui de juges, ni celui distributeurs bons points ou d’arbitre des élégances, mais celui de journalistes qui tentent de dresser un état des lieux de la situation et les premiers entretiens nous révèlent que la matière est riche, que l’innovation existe également dans le domaine de la déontologie et que les nouveaux médias sont beaucoup plus ouverts et transparents que leurs aînés.

Vos idées, vos commentaires, vos suggestions

Dans les jours qui viennent, nous allons mettre en ligne sur Journaliste-entrepreneur.com les premiers compte-rendus d’entretiens réalisés dans le cadre de cette enquête. N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires. D’autre part, si certains médias, de par leur modèle économique original ou de par l’attention qu’ils prêtent à ces questions de déontologie, vous semblent particulièrement intéressants, n’hésitez pas à nous les faire connaître.

Publication du rapport final en novembre

Le rapport qui rendra compte de cette enquête sera rendu public en novembre à l’occasion des 4e Assises internationales du journalisme et de l’information qui se tiendront à Strasbourg (Conseil de l’Europe) du 16 au 18 novembre 2010.

[Photo : Cayusa via Flickr]

Adriano Farano (cofondateur de cafebabel.com et consultant médias): journaliste ou entrepreneur ? [vidéo]

Il paraît qu’Adriano Farano est italien. C’est sans doute vrai. Il est aussi et peut-être avant tout européen.

A Strasbourg en 2001, jeune étudiant en année Erasmus, il décide de monter avec une bande de copains ce qui deviendra le premier magazine participatif en ligne européen présent sur le web en 6 langues: cafebabel.com.

Neuf ans plus tard, Adriano Farano décide de vivre de nouvelles aventures professionnelles. Il quitte Café Babel, devient consultant médias, participe à l’aventure d’Owni et finalement décroche une bourse d’étude pour aller passer un an dans la Silicon Valley dans le cadre du programme Knight Fellowship for international journalists. Son sujet d’étude sera: comment favoriser l’émergence en Europe d’une nouvelle génération d’entrepreneur dans le secteur des médias.

Avant de prendre l’avion pour s’installer en Californie avec sa famille, Adriano Farano m’a expliqué dans quel état d’esprit et avec quelle vision de la question des journalistes-entrepreneurs, il partait. Ses réponses en vidéo.

Adriano Farano, cofondateur de cafebabel.com et consultant (journaliste & entrepreneur) from Philippe Couve on Vimeo.

Annie Fave (deplacementspros.com): journaliste ou entrepreneur ? [vidéo]

Annie Fave n’aime pas trop perdre de temps. Avant même d’avoir quitté RFI, cette journaliste économique spécialisée dans le secteur du voyage et du tourisme avait commencé à créer son agence de presse spécialisée: ecritéo. Mais c’est sur une « niche » encore plus pointue qu’Annie est en train de faire un carton: le voyage d’affaires. En lançant le site deplacementspros.com et la newsletter associée, Annie Fave s’adresse à des internautes qui intéressent au plus au point un certain nombre d’annonceurs. Résultat: une production éditoriale très ciblée pour un public très clairement identifié et des recettes publicitaires qui rentrent dans les caisses. Avec plus de 43 000 abonnés à sa newsletter quotidienne, a-t-elle trouvé le Graal que cherchent les journalistes-entrepreneurs? Éléments de réponse en vidéo.

Annie Fave, fondatrice de deplacementspros.com (journaliste & entrepreneur) from Philippe Couve on Vimeo.

Les journalistes veulent créer le job dont ils ont toujours rêvé

Alan D. Mutter (photo: rsjelection08 via Flickr)

Alan D. Mutter est un observateur très avisé de l’économie des médias. Dans un post récent, il essaie de comprendre pourquoi les projets montés par des journalistes ont une fâcheuse tendance à merder sur un plan économique (c’est un résumé très libre de ses propos).

Il constate que lassés des plans sociaux et autres licenciements, des journalistes de plus en plus nombreux ont décidé de prendre leur destin en main et de créer des sites d’info.

Alan D. Mutter applaudit mais il constate aussi que ces entrepreneurs ne se donnent pas toutes les chances de réussir.

« Après avoir discuté avec plusieurs journalistes-entrepreneurs, j’ai constaté qu’ils commettent presque tous la même erreur qui a provoqué l’échec de beaucoup de créateurs d’entreprise: au lieu de créer une entreprise, ils essaient de créer le job dont ils ont toujours rêvé. »

En d’autres termes, les journalistes-entrepreneurs s’occupent plus de journalisme que d’entreprise.

Pour en avoir le coeur net, Alan D. Mutter a décidé de se pencher sur le cas de trois sites d’info lancés récemment. Le premier fait de l’info locale en zone rurale; le deuxième traite l’actualité d’une ville; le troisième vise une audience nationale. Ensuite, l’auteur compare avec la performance des médias traditionnels qui existent sur les zones correspondantes. Pour effectuer les comparaisons, Mutter se base sur les données Alexa en reconnaissant toutes les limites de l’outil. Il constate que les pure players font beaucoup moins bien sur le web que les médias traditionnels.

« Quand les journalistes dans les sites pure player pensent leur activité sans routine et passent plus d’une douzaine d’heures chaque jour à traquer des infos et rédiger des articles pour leurs sites, cela ne leur laisse ni le temps ni l’énergie de réfléchir aux facteurs de réussite que sont la construction d’une audience et le développement d’une base économique saine pour de futurs développements. »

Alan D. Mutter pointe quelques phrases caractéristiques de cette situation:

  • « Nous sommes meilleurs que le journal local »
  • « Nous comptons sur les internautes pour nous faire connaître »
  • « Nous sommes soutenus par une fondation »
  • « Nous allons vendre de la publicité et trouver des sponsors »
  • « Nous attendons les contributions des internautes »
  • « Nous allons peut-être publier une newsletter payante »

Et la conclusion de Mutter tombe comme un couperet sur la « naïveté » économique de nombre de journalistes:

« Les journalistes sont tellement occupés à faire du journalisme -et, franchement, trop confiants dans le fait que la qualité de leur couverture de l’actualité sera suffisamment attirante pour capter une audience toujours plus importante- qu’ils consacrent des efforts limités dans le domaine du marketing, de la promotion et de la monétisation de leurs sites. Travailler sans un business plan digne de ce nom et espérer que ça marche est une recette bien connue pour des désastres dans ce domaine. Malheureusement, c’est ce que font beaucoup de sites d’info pure players. »

Alan D. Mutter évoque, bien entendu, la situation des États-Unis. Selon vous, en est-il de même de ce côté de l’Atlantique?

Walter Bouvais (Terra eco): journaliste ou entrepreneur ? [vidéo]

Walter Bouvais

Walter Bouvais, cofondateur et directeur de Terra éco (média spécialisé dans le développement durable)

Je ne sais pas si vous connaissez Walter Bouvais? Moi, un peu. C’est un garçon que je trouve assez impressionnant.

Dans l’époque chahutée que connaissent les journalistes et les médias, il semble suivre sereinement et avec détermination la ligne qui est la sienne et qui l’a conduit à fonder Terra éco à Nantes. Consacré au développement durable, Terra éco est un projet journalistique innovant qui a démarré sur le web en 2004 porté par une équipe issue (comme Walter Bouvais) du magazine en ligne Transfert.

Terra éco est ensuite devenu en 2009 un magazine papier disponible en kiosque et sur abonnement. Un magazine vert qui publie son bilan carbone et essaye de limiter au maximum son empreinte écologique.

Aujourd’hui Terra éco, c’est une équipe d’une vingtaine de personnes (dont 5 commerciaux) et des filiales qui développent l’activité dans d’autres domaines: conseil, formation en ligne (e-learning) en établissant des cloisons aussi étanches que possible entre l’activité éditoriale et les autres facettes.

Walter Bouvais s’explique sur tous ces sujets dans cette vidéo enregistrée le 11 mai 2010.

Walter Bouvais, fondateur de Terra eco (journaliste & entrepreneur) from Philippe Couve on Vimeo.